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Article inédit (thème principal) - Synthèse

Damir Lovric

Aspects neuroscientifiques de la relation thérapeutique

De nouvelles évolutions en neurosciences ont permis une meilleure collaboration de ces dernières avec la psychothérapie. De nombreuses études expérimentales sont nées de la coopération entre les deux disciplines ; elles ont permis de voir les modèles et techniques psychothérapeutiques sous un jour nouveau. Des aspects tels les techniques spécifiques aux différents courants se sont avérés moins significatifs qu’on ne l’avait pensé jusqu’alors. Par contre, la qualité de la relation thérapeutique a été définie en tant que variable significative permettant de beaucoup améliorer le potentiel de transformation implicite à la psychothérapie. L’auteur considère qu’il est important que la psychothérapie demeure ouverte au savoir acquis par les neurosciences. Elle devrait même s’efforcer d’établir des liens avec ces dernières. Même si, au premier abord, il semble y avoir certaines contradictions entre les deux disciplines, il faut les considérer comme une opportunité d’avancer dans la recherche de la vérité. De plus, les aspects centraux au thème qui doit faire l’objet d’une réflexion incitent à définir des priorités : qu’il s’agisse du développement, de la mémoire, d’émotions, d’empathie ou d’attachement, tous ces concepts se situent maintenant au point où les différentes méthodes de recherche se recoupent. Les études menées en neurosciences fournissent des données et des hypothèses utiles.

A ce niveau, les processus mentaux ou psychiques sont considérés comme relevant d’une activité neuropsychique. Cela n’enlève rien de ses qualités particulières à la psyché ; simplement, on prend en compte sa morphologie. L’objectif devrait être d’établir des synergies entre les contradictions apparentes. Au niveau épistémologique, l’auteur propose d’utiliser la synergétique pour construire des ponts. Le cerveau est alors considéré comme un système auto-organisé. Plus précisément, l’organisation des nombreuses composantes du système est issue des interactions et des effets réciproques ayant lieu au sein de ces dernières. Elle n’est pas imposée au système à partir de l’extérieur. Dans ce sens, le cerveau humain obéit avant tout à des actes d’auto-régulation. Cet objectif n’est pas atteint de manière linéaire. Les défis et les difficultés peuvent mettre en évidence certaines limites et provoquer l’instabilité au sein du système. Dans cette phase, l’individu est stressé, mais en même temps il est encouragé à faire de nouvelles découvertes. Il s’agit en effet de dépasser l’instabilité pour retrouver un équilibre. L’une des tâches essentielles de la relation thérapeutique est de créer un cadre stable, sécurisant, qui permettra au « système être humain » d’accepter ces instabilités pour parvenir à un nouvel état d’équilibre.

Les relations dialectiques liant stabilité et changement montrent clairement que notre cerveau évolue avec un grand dynamisme. Les réseaux rigides mais instables qui ne peuvent pas être modifiés doivent en général être considérés comme pathologiques. Par contre, la présence de facteurs de stress et un équilibre affectif temporairement instable sont une composante immanente et nécessaire de toute existence, dans le sens où ils sont la condition indispensable à l’adaptation, à l’apprentissage, aux relations et au développement. Ce n’est qu’à partir du moment où tous ces évènements et la réaction correspondante deviennent un défi incontrôlable que l’individu n’est plus en mesure de réagir de manière active et que le stress s’accompagne de dimensions pathologiques.

Il a fallu longtemps pour qu’on découvre que, même lorsque le cerveau n’est pas occupé, un réseau complexe est activé : le Default Mode Network (DMN). Le cerveau est alors au repos, il n’est pas activé par des impulsions extérieures mais par des évènements intérieurs. Mais même dans ce cas, le DMN montre l’importance pour le cerveau du dialogue social et, donc, de l’élaboration de relations. En effet, toutes les tâches que nous avons mentionnées sont autocentrées et elles sont en rapport avec la gestion des interactions avec autrui.

En fait, le cerveau de l’homme poursuit toujours un processus d’apprentissage. Il apprend surtout des choses qui permettent à l’individu de se situer dans le monde. Et une grande partie d’entre elles sont en rapport avec d’autres êtres humains et avec la formation d’interactions avec ces derniers. La qualité des expériences précoces d’attachement joue un rôle essentiel. L’attachement est une condition élémentaire du développement, grâce à laquelle la personne sera en bonne santé psychique et aura confiance en elle. A ce niveau, la perte d’une personne importante à laquelle le jeune enfant est attaché représente un facteur essentiel de vulnérabilité au niveau du développement psychopathologique à venir. Plusieurs études ont montré que la psychothérapie peut permettre d’améliorer de manière significative les schémas d’attachement instables. Dans le cadre du setting thérapeutique, la relation entre thérapeute et client est en fait une relation particulière d’attachement.

Etablir une bonne relation dans ce sens est l’objectif – mais la démarche pose également certains défis. Il faut donc se demander quels sont les facteurs nécessaires à la mise en place d’une relation stable et portante. Nous pourrions mentionner de nombreux aspects, mais c’est avant tout la base du phénomène qui va nous intéresser : les personnes impliquées doivent être en contact et doivent partager des émotions. Le thérapeute doit être doté d’une capacité à saisir et à comprendre les émotions du client. La recherche en neurosciences a montré que nous partageons le ressenti d’autrui à partir du moment où la région cérébrale qui produit ces mêmes émotions en nous est activée. Dans ce contexte, il devient possible de saisir sur des bases neurobiologiques le système d’empathie de l’être humain.

Cependant, lorsqu’on tente de comprendre des phénomènes anormaux se déroulant dans la psyché humaine, il ne suffit pas d’identifier leurs corolaires neurobiologiques. Seul un regard « orienté vers l’intérieur » peut permettre de saisir ce que la personne ressent subjectivement, ce qu’elle vit et ce dont elle souffre ; lorsqu’elle est disposée à communiquer à ce sujet, il devient possible de mieux voir ce monde intérieur. Ce n’est qu’à partir du moment où l’on établit un lien entre intérieur et extérieur que l’on obtient une image complète de l’être humain.

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